Skip to content

La fin des mondes

octobre 5, 2012

Hier j’ai lu un livre, ça s’appelle « Le sermon sur la chute de Rome« 

De tous les livres sorties à la rentrée (faudrait savoir), j’ai jeté mon dévolu sur « Le sermon sur la chute de Rome« .

En faculté d’histoire, j’étais fascinée par la période du Haut Moyen Age qui signait également la fin de l’Empire Romain. Pour simplifier la chose, disons que j’aimais bien ce bordel ambiant, cette période où ceux qui avaient le pouvoir finissaient par tourner en rond et pourrissaient de l’intérieur pendant que d’autres, fous furieux, se posaient beaucoup moins de questions sur l’extension de leur territoire, étant donné que leur survie en dépendait.

Dans ce livre, l’histoire principale (mais il en existe d’autres entremêlées) met en scène deux amis corses qui abandonnent leurs études de philosophie sur le continent pour reprendre un établissement de boissons dans un village de l’île. Ils auront l’illusion un temps de produire le meilleur des modes possibles avant que …

Quand on étudie l’histoire, la conscience est aiguisée sur le fait que tout monde est voué à disparaître mais il n’est pas besoin de rejoindre les bancs de l’université pour en faire l’expérience. Il suffit par exemple d’avoir un jour connu le bonheur de la communauté : il y a ce moment où l’on regarde son groupe d’amis et qu’on le considère comme la perfection même puis, inévitablement, alors que rien ne semble avoir changé, les relations se détériorent, parfois avec violence, sans que l’on sache précisément d’où vient cette dégradation.

J’ai lu ce roman sur l’extinction des mondes, qu’ils soient infimes ou universelles, avec une boule au ventre parce qu’en réfléchissant on peut se demander si l’on n’est pas en train de traverser une de ces périodes charnières où la légitimité de notre société est mise à mal et semble être en train de vaciller vers une autre forme encore et forcément incertaine.

Le sermon de la chute de Rome, celui de Saint Augustin, ne sonne t-il pas de façon étrangement moderne ? Mais peut être l’homme est-il voué à toujours considérer que le monde qui l’entoure n’est pas celui qu’il espérait (comme l’un des autres personnages de l’histoire) ?

Retiens ton souffle
C’est un des rares livres qui m’a fait prendre conscience qu’un style d’écriture pouvait être ressenti physiquement par son lecteur. Comme la reine d’Angleterre (pourquoi pas ?), j’apprécie de pouvoir lire quelques pages avant de m’endormir pour glisser doucement vers un état de semi-conscience qui me propulse loin des impératifs triviaux tels que « Il ne reste plus que deux couches pour le dernier » ou encore « Je n’aurais pas du me servir une deuxième part de tiramisu ».

Le problème avec ce livre et le style de l’auteur, c’est qu’il semble que l’on doive chausser ses baskets avant de se lancer dans la lecture car les longueurs de phrase sont telles que l’on retient son souffle et que les virgules sont autant de haies qu’il faut sauter.

« L’aube n’annonçait qu’un nouveau sursis et Marcel partait vers l’école, s’arrêtant parfois en chemin pour vomir du sang en se promettant de ne rien dire à sa mère qui l’obligerait à se coucher et prierait agenouillée à ses côtés en lui appliquant des compresses brûlantes sur le ventre, il ne voulait plus permettre que son démon l’arrache aux seules choses qui faisaient sa joie, les leçons du maître, les cartes de géographie colorées et la majesté de l’histoire, les inventeurs et les savants, les enfants sauvés de la rage, les dauphins et les rois, tout ce qui lui permettait de croire encore que, de l’autre côté de la mer, il y avait un monde, un monde palpitant de vie dans lequel les hommes savaient encore faire autre chose que prolonger leur existence dans la souffrance et le désarroi, un monde qui pouvait inspirer d’autres désirs que celui de le quitter au plus vite, car de l’autre côté de la mer, il en était sûr, on fêtait depuis des années l’avènement d’un monde nouveau, celui que Jean-Baptiste s’en alla rejoindre en 1926, mentant sur son âge pour pouvoir s’engager […] » (j’ai pas fini la phrase, je n’en pouvais plus de recopier).

Le coeur palpitant, impossible alors de me rendormir (sans compter que je n’aurais définitivement pas du me resservir de tiramisu).

Jérôme Ferrari aurait-il eu le même style d’écriture s’il s’était appelé Jérôme Roulotte ?

Publicités
4 commentaires leave one →
  1. octobre 6, 2012 7:17

    C’est pire encore quand tu tentes de lire la phrase à voix haute (nécessité absolue de faire un stage d’apnée).

  2. octobre 6, 2012 10:28

    J ai ri a votre critique…
    pour en revenir sur la forme, le style de Ferrari, c est infiniment vrai. J ai ecrit par ailleurs que l on s essoufflait à le lire, que l on avalait les lignes sans pouvoir s arrêter parce qu il nous entraine presque malgré nous dans un tourbillon incontrôlable, comme une, voir des pelotes qui se déroulent dans un escalier sans fin, et qu il faut suivre absolument de crainte de se perdre….(je lis trop Ferrari, voilà que j écris des phrases sans fin.)

    Sur le fond, comme vous, j ai cette sensation d absolu inéligibilité de la fin d ‘ un voir de nos mondes, de tous ces petits mondes qui nous entourent….

    ( Cambroussienne, Ferrari ne cherche pas à tuer ses lecteurs! Pourquoi le lire à voix ? ça tient du suicide!)

    Sur le fond, même sensation d absolu

  3. octobre 6, 2012 10:30

    Mon téléphone me joue des tours…je voulais parler d’absolu ineluctabilité…

  4. electromenagere permalink*
    octobre 7, 2012 6:50

    @Cambrousienne
    Comme le dit MP, ne fais pas ça malheureuse ! 🙂

    @MP
    Ouf ! C’est rassurant de savoir que d’autres partagent la même compréhension d’un texte, cela rend ma critique plus légitime.
    Finalement que ce soit sur le fond ou la forme, ce livre empêche de dormir 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s