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Sortir de la nuit pour entrer dans le brouillard

mars 29, 2012

Mardi dernier, j’ai retrouvé avec plaisir la série Un Village Français sur France 3. Si vous ne connaissez pas ce feuilleton (oui j’utilise le mot feuilleton, je suis vieille), il s’agit en résumé de l’histoire d’un village français (comme quoi, le titre est bien trouvé) durant la Seconde Guerre Mondiale avec des personnages clés tels que le directeur d’école, le commissaire, le maire, etc.

Comme je devais le redouter, cette nouvelle saison commence avec la déportation des juifs.

Je n’ai pas de souvenirs précis de ma première rencontre avec l’Holocauste mais sont évidemment gravés en mémoire des livres comme Le Journal d’Anne Franck ou, moins connu, Sur la tête de la chèvre d’Aranka Siegal. Refluent également du passé ses souvenirs liés aux films que l’on pouvait voir lors de mes cours d’histoire au Lycée : pour certains d’entre nous, c’était la première fois qu’on nous confrontait aux images d’archives des camps de concentration. Comme j’ai enchaîné sur des études d’histoire, j’ai eu de nombreuses occasions de revenir sur cette période tragique mais plus le temps passait, plus l’Holocauste devenait pour moi un sujet d’étude, perdu dans des dates, des faits, et des débats intellectuels. J’avais déshumanisé la chose, noyée entre deux cours magistraux.

Puis je suis devenue mère et les camps de concentration, la déportation, la Solution Finale, tout m’est revenu en pleine gueule. Je ne peux plus, je n’y arrive plus, je ne sais plus me détacher. Chaque enfant que je peux voir que ce soit dans une fiction ou dans une image d’archive est mon propre enfant, et la nausée monte, les larmes coulent, la colère me submerge. Comme une louve qui montre les crocs quand elle pressent un danger pour ses louveteaux, je montre mon dégoût quand ce sujet remonte à la surface.

Il y a la peur que cela revienne, peu improbable cela soit-il, et pour cela le devoir de mémoire est nécessaire, que cette période reste un traumatisme pour que l’on ne la revive plus. Mais il y a aussi paradoxalement la peur de cette mémoire. Un jour, je devrais moi-même créer ce traumatisme à mes enfants, leur apprendre l’Holocauste, la déportation des juifs, l’industrialisation de la mort, les camps de concentration. Ils ne savent pas encore et je leur envie cette innocence, comme il doit être beau leur monde sans Auschwitz et sans Dachau. Mais je sais qu’un jour il faudra leur en parler, leur divulguer l’horreur, leur donner les clés pour ouvrir cette porte vers les ténèbres.

Un jour, mes enfants devront sortir de la nuit pour entrer dans le brouillard.

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4 commentaires leave one →
  1. mars 29, 2012 12:05

    C’est loin d’être de la grande littérature, mais ce que tu décris, cette sensation m’a tellement prise à la gorge récemment quand j’ai lu « Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay (à propos de la rafle du Vel d’Hiv)que j’ai failli refermer le livre dix fois.

  2. mars 29, 2012 2:48

    @Mentalo (j’ai compris maintenant)
    C’est pour ça que j’évite tant que je peux lecture et vidéos à ce sujet, même si à une époque j’étais mue par une envie de comprendre aujourd’hui je n’en ressens plus le besoin.

  3. mars 30, 2012 12:55

    Par contre, j’ai lu dans la foulée L’écriture ou la vie, de Jorge Semprun. Et là… là… ben, faut le lire, quoi.
    Je comprends ce que tu veux dire, je ne fais jamais exprès d’aborder ce thème, mais quand il se présente, je ne fuis pas non plus.

  4. mars 30, 2012 8:30

    ma premiere rencontre avec l’holocauste fut « le sac de billes » de joseph joffo..
    Je m’en souviendrai toute ma vie. c ‘ets ancré.
    Mon arriere grand mere cachait un couple de juifs pendant la seconde guerre mondiale. et mon arriere grand pere faisait de la resistance passive (il allait chercher les blessés…). Son beau frere, maire d’un village s’est exposé devant un peloton d’execution pour proteger les villageois. il a ete enterré avec les honneurs…
    Le sujet a toujours ete tabou pourtant…
    Je n’ai jamais compris pourquoi.
    c’ est quand j’ai lu le sac de billes que toutes les questions restées sans rpeonses d ‘une gamine de 11 ans se sont bousculées.
    on ne m’a quasiment jamais repondu.
    et finalement, je me rend compte que tous ceux qui ont agit sont souvent dans lombre.
    comme si il etait honteux d’avoir agit comme ils l’ont fait.
    de la pudeur.
    Mes enfants sauront, ils n’oublieront pas, je m’y refuse.
    meme si je ne l’ai pas vecu, meme si c ‘est loin, je ne peux me resoudre a laisser l’histoire se repeter.

    Bises.
    Pomme

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