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Ushering in banality de Jeff Koons

janvier 7, 2012

Bine que le sujet ne soit pas facile, je reprends la rubrique Achtung Contemporain qui est, je vous le rappelle, destiné à tenter de comprendre des oeuvres artistiques contemporaines majeures. Lors de ma dernière tentative La Nona Ora de Maurizio Cattelan, une lectrice avait proposé que je me penche sur la question de l’oeuvre de Jeff Koons Ushering in Banality

1 Vision

2 Impressions

Bien que je sois complètement novice en art contemporain (et c’est là tout l’intérêt de cette rubrique), j’ai déjà entendu parler de Jeff Koons que j’apparente à un artiste faisant l’apologie du kitch. Quand on regarde l’oeuvre Ushering in Banality, c’est bien la première chose qui me vient à l’esprit « Mais Qu’est-ce que c’est kitch ! Mais qu’est-ce que c’est moche ! J’en voudrais pas dans mon salon ! » (en vrai, j’aimerais bien l’avoir dans mon salon, me doutant que cette sculpture a plus de valeur que mon rhinocéros en bois ramené d’Indonésie). Ushering in Banality me transporte à une époque ultérieure, lorsqu’enfant, j’observais envieuse les personnages en biscuit de porcelaine protégées derrière des portes vitrées. Que ce soit chez ma grand-mère, chez une vieille tante ou chez n’importe quelle personne âgée que mes parents m’obligeaient à visiter pour des raisons qui resteront à tout jamais mystérieuses, on y retrouvait toujours deux éléments communs : de vieux boudoirs en guise de goûter et des personnages en biscuit de porcelaine qui représentaient au choix des angelots ou des bergères, allégories de l’innocence pure. En grandissant, le bon goût nous rattrape et ce que nos yeux d’enfant percevaient comme de précieux jouets d’adultes inutiles (parce qu’on ne pouvait jamais y toucher) deviennent alors des bibelots encombrants, allégories du mauvais goût sexagénaire.
A première vue, l’oeuvre de Jeff Koons pourrait faire partie de cette catégorie d’objets mais bien que reprenant les codes de  ces sculptures, on voit bien que quelque chose cloche, un peu comme s’il avait été cherché différents personnages provenant de ces bibelots pour en faire une oeuvre originale mais complètement absurde.
Ushering in Banality fait cohabiter un cochon dont le noeud autour du cou laisse présager qu’il  s’agit d’une offrande, deux angelots dont on ne sait pas très bien s’ils soutiennent le cochon ou le poussent vers un destin funeste et enfin un petit garçon, dont la présence est incongrue vu le costume qui s’apparente plutôt à une tenue destinée au sport d’hiver (si on remplaçait le cochon par une boule de neige, ça deviendrait tout de suite plus crédible), qui assure les arrières et aide les angelots à emmener l’animal. Bref, du grand n’importe quoi !

Alors voilà, je me demande, si les biscuits en porcelaine étant déjà du n’importe quoi et que Jeff Koons en fait également du grand n’importe quoi, cela ne reviendrait-il pas à multiplier de la négation et donc à revenir dans le positif. Comme si en ajoutant du kitch à du kitch, on s’éloignait du kitch pour en faire une oeuvre d’art contemporaine tout de même estimée à 3 200 000 $.

Comme la plupart des oeuvres contemporaines, même si on ne comprend pas ce que l’artiste a voulu dire, on en revient à se poser de bonnes questions : Qu’est-ce que le kitch ? Qu’est-ce que le bon goût ? Comme nos goûts changent continuellement, le bon goût serait-il inatteignable ? Et pire, est-ce qu’on ne passe pas sa vie dans le mauvais goût ?

3 Explications

« Avec Ushering in Banality, j’ai senti que Dieu était de mon côté, et que je me moquais vraiment de ce que l’on pouvait penser de ce travail. J’y pense comme à quelque chose d’autobiographique. Ce petit garçon à l’arrière, c’était moi. Je débutais dans la banalité. J’ai senti que ce que je faisais était très moral et c’est pourquoi il y a là des chérubins. »
Jeff Koons

Cette oeuvre est considérée par les experts comme une pièce emblématique de la production de Jeff Koons, elle marque un tournant dans sa carrière et même s’il semble que cette sculpture ait plusieurs explications et sens de lecture possibles, le plus « simple » consiste à dire que le bonheur selon Jeff Koons est de ne plus se soucier du goût d’autrui et d’aller au bout de ses idées.

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6 commentaires leave one →
  1. sylvain permalink
    janvier 7, 2012 2:36

    Il n’y a pas de bon goût, il n’y a pas de mauvais goût, il n’y a que le goût. Le drame ce n’est pas d’avoir mauvais goût, c’est de n’en avoir pas du tout. Ou plus, ce qui est pire encore.
    Ah, le sel de la vie…

  2. janvier 7, 2012 2:38

    3 200 000 $ tu dis ça au pif pour rire ? C’est pas aussi cher que ça quand même ?
    J’ai vu du Jeff Koons il y a 2 ans lors de l’expo Pop Life à la Tate Modern de Londres (je n’y connais rien mais j’aime le Pop Art que je trouve particulièrement joyeux et réjouissant), il y avait des toiles super chaudes bouillantes (avec sa poule La Ciciolina) alors là, tout de suite, quand j’ai vu ton cochon, j’ai cru que le petit garçon derrière lui mettait la main dans le pfffff….
    Je m’en vais me fustiger de ces mauvaises pensées 😉

  3. electromenagere permalink*
    janvier 8, 2012 9:42

    @Sylvain
    Heureusement y’a Quick et « Nous, c’est le goût ! »

    @Léonie Canot
    Non, non, je dis pas ça au pif pour rire, c’est une estimation Sotheby’s.
    Le sexe est un thème largement abordé par Jeff Koons et c’est logique puisque le pop art utilise toujours des images populaires et s’il y a bien quelque chose que tout le monde comprend, c’est le sexe !

  4. janvier 10, 2012 4:06

    Mais attends, pas un post en 5 mois, et d’un coup là, 7 posts en 8 jours ! C’est plutôt là-dessus que j’ai envie de m’interroger plutôt que sur Jeff Koons !!
    C’est une bonne résolution 2012 ?
    Le père Noël t’a offert des journées de 48h ?
    Tu t’es retiré dans un ashram mais vraiment tu trouves le temps long ?

    (je déteste Jeff Koons) (et pourtant j’adore l’art contemporain) (mais peut-être que je déteste Jeff Koons parce que je trouve qu’il fait du tort à l’art contemporain !)

  5. janvier 10, 2012 5:11

    Les anges ont ce petit air pervers qu’on ne peut renier, tout de même….
    Je en sais pas si je serai capable d’exposer ça dans mon salon. Même en sachant le prix.
    Ouais, si, en fait, si, je pourrais.

  6. electromenagere permalink*
    janvier 11, 2012 9:30

    @Anacoluthe
    C’est juste une mise en route, 2012 sera productif je le dis !
    Et pour Jeff Koons, je dirais que les années 80 ont fait du tort à tout le contemporain, art ou pas.

    @Cranemou
    Tu vois comme la valeur fiduciaire rend les choses belles, c’est effrayant.

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