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La bibliothèque a t-elle un sexe ?

juin 27, 2009

Ce titre me pose problème, on dirait presque qu’il pourrait s’insérer dans les pages cultures d’Astrapi ou faire l’objet d’un Devoir Surveillé en DEUG de Sciences de l’Information et de la Communication. Manquerait plus que cet article soit cité par des blogs littéraires et qu’on me prenne pour une intellectuelle.

Tout ceci n’est qu’imposture. Remettons les choses dans le contexte : je trépigne d’impatience à l’idée qu’une nouvelle saison de « L’amour est dans le Pré » soit bientôt diffusée. Preuve que mon cerveau est disponible, surtout quand il s’agit de faire des économies d’énergie.

Mais revenons à mon titre. Ce n’est pas tant la construction grammaticale de la phrase qui me gène, après tout je n’ai utilisé qu’un verbe auxiliaire, maitrisé par n’importe quel marmot de trois ans (qui a faim, a soif, a fait pipi dans sa culotte). Non, en réalité, ce serait plutôt le sous-entendu sérieux de la question qui m’embête. Un titre de blog ne doit pas se prendre au sérieux, surtout quand derrière, on est prêt à débiter des conneries. Mon titre a des faux airs de sujet de bac de philo, comme « Est-il absurde de désirer l’impossible ? » (non) ou « le langage trahit-il la pensée ? » (oui et non, je sais pas, ça dépend des fois et de mon état d’énervement). J’aurais du titrer « Ma bibliothèque s’appelle t-elle Ginette ou Robert ? » (rires) ou « Mes livres portent-ils des jupes ? » (rires).

Bref, mon titre est raté, dois-je vraiment continuer ?

D’habitude si prévoyante (attention, on entre enfin dans le sujet), la semaine dernière je me suis retrouvée dans une situation que je n’avais pas connue depuis des années : aucune lecture d’avance, pas un seul livre achetée en prévision de « dans un mois je pars 15 jours en bretagne, il me faut donc 15 livres dans mon sac » (non pas que je m’ennuie en bretagne … en fait si, je m’y ennuie). Il faut savoir que je ne peux m’endormir sans avoir lu quelques lignes et qu’il n’y a meilleur indicateur de sommeil pour moi que des yeux se troublant sur des mots qui ne veulent plus rien dire. Lecture le soir, café le matin, voilà comment mon cerveau sait qu’il doit ouvrir ou fermer boutique.

Ainsi la semaine dernière, je me retrouvais sans somnifère de poche.

En fouillant dans la bibliothèque, je me suis aventurée dans une partie que d’habitude j’ignore, un coin inexploré, un no woman’s land : les livres de mon mari.

Évidemment tout est bon pour effrayer l’autre et lui donner envie de passer son chemin : avec des titres comme « Un dernier verre avant la guerre« , « Ténèbres, prenez-moi la main » ou « Le grand nulle part« , on ressent juste l’impression de se promener dans un champ de mines qui risque à coup sur de nous envoyer droit en enfer.

S’endormir sur les mots torture, guerre de gangs, bourreaux ou pathologie criminelle garantit-il un bon sommeil même si l’on se considère comme un juste ?

Mon choix s’est arrêté sur deux livres, et mon appréhension s’est révélée exacte : j’ai bien pris deux bombes sur le coin de la gueule.

L’Evangile du bourreau de Arkadi et Gueorgui Vaïner, un livre écrit par deux frères russes qui n’ont pas trouvé de meilleur cauchemar que de vous mettre à la place d’un agent des sections spéciales du KGB au temps de Staline. Bonjour horreur. Un récit écrit à la première personne m’obligeant, non pas à me transformer en star hollywoodienne en mal d’amour, mais en triste sire capable de briser une vie avec autant de facilité que moi j’épluche une carotte. Fallait m’y attendre, le titre est Evangile d’un bourreau pas Evangile d’un chaton. Néanmoins vivre dans la tête d’un tortionnaire soviétique de l’époque stalinienne m’a permis de réaliser qu’il ne fallait jamais appréhender l’Histoire avec sa pensée moderne. La réalité d’hier est souvent surréaliste le lendemain.

Aucune bête aussi féroce d’Edward Bunker. Une grosse claque ou plutôt l’impression d’avoir été passé à tabac par des flics ripoux de L.A : Max Dembo sort de prison, décidé à trouver une occupation honnête. Quelques heures suffisent à peine pour que la vie criminelle reprenne ses droits. Lumière crue sur toutes les saloperies du monde. Pas de concessions, ni de justifications, pas de psychologie de bas étage, mais une photographie hyper réaliste de ce que peuvent être les bas-fonds de L.A. Edward Bunker écrivit ce livre en prison, comme la plupart de ses autres livres. La Bête Féroce, ce pourrait être lui, mais un véritable génie se cachait en cet homme. Lui qui a vécu l’enfermement à partir de 11 ans (dans un asile, dans un camp de redressement puis dans différentes prisons) a réussi à s’évader grâce à l’écriture, une écriture qui ferait porter pâle la plupart des écrivains contemporains. James Ellroy qualifiait de chef-d’oeuvre noir cet oeuvre, moi je parlerais juste de chef-d’oeuvre.

D’où ma réflexion (attention, on sort enfin du sujet) : n’hésitez pas parfois à sortir des sentiers battus de vos lectures, empruntez un livre à votre homme, à votre grand-mère, à votre voisin. Soyez des aventuriers de bibliothèque, perdez-vous dans les rayonnages des librairies et osez les recoins inexplorés.

Finalement la bibliothèque n’a pas de sexe, elle est ouverte à tous les échanges. Complètement libre et amorale. C’est au lecteur de se faire violence, il doit pouvoir repousser les limites de ses désirs et s’affranchir de sa morale. Non la bibliothèque n’a pas de sexe, elle prend tout, hommes, femmes, vieillards, enfants. Elle distribue le plaisir avant tout. Qui que vous soyez.

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11 commentaires leave one →
  1. juin 27, 2009 12:56

    Justement hier soir, j’ai fini mon bouquin (persuasion de Jane Austen) et je m’apprêtais à me rendre à la biblio sans savoir quoi prendre…je sais maintenant ! en matière de livres je suis hermaphrodite : j’adore jane austen comme pas mal de femmes, et jadore aussi les romans noirs et glauques (dalhia noir) comme pas mal d’hommes..

  2. juin 27, 2009 2:26

    Peut-on aussi spontanément associer un livre à son lecteur ? Pour ma part, j’ai souvent lu des livres qui n’avaient, justement, rien à voir avec moi-même.
    Mais j’aime bien votre billet.
    Je le trouve plein d’humour.

  3. B. Majour permalink
    juin 27, 2009 6:10

    Si la bibliothèque a une âme, on doit pouvoir envisager son sexe ! :o)

    J’aime bien le côté bombes du mari, zone dangereuse et pleine de risques !
    Tout comme l’humour qui se dégage de ce billet.

    A prochainement
    B. Majour

  4. juin 27, 2009 10:58

    ben oui quelle fine plume, toujours plaisir de te lire ici et vive questionnement de la semaine dont la pertinence n’ a d’ égal que sa rareté !
    chui claire là ?

    C’est vrai que le rapport aux livres peut être violent, il y a en a certains que je ne peux plus ouvrir comme ceux de Rainer Maria Rilke, j’ ai pas toujours la force ni l’ audace de me propulser l’ esprit, mais ça c’est comme la musique aussi, et autres arts d’ ailleurs …

    Donc merci pour ce billet qui dépoussière les étagères voisines et donne envie d’ aller voir ailleurs si j’ y suis …

  5. electromenagere permalink*
    juin 28, 2009 11:52

    @Papillote : effectivement je n’ai jamais croisé d’homme lisant Jane. C’est étrange en fait, assez troublant. J’espère que ces conseils de lecture seront positifs.

    @Solko : nos livres ne sont pas forcément le reflet de nous-mêmes mais nous y cherchons souvent des réponses. Ils sont plutôt le reflet de nos questionnements. Et comme on dit parfois que les réponses ne sont pas là où on les attends, il peut être intéressant d’aller lire ce que nous n’aurions pas par instinct choisi.
    Merci pour le compliment

    @B.Majour : On doit pouvoir tout imaginer d’une bibliothèque car quel lieu représente le mieux l’imagination si ce n’est la bibliothèque ?
    Merci pour la reconnaissance de mon humour, rien n’est plus gratifiant que de savoir qu’on a réussi à décrocher un sourire sur le visage de quelqu’un.

    @Kalor : comme d’habitude, veux-tu arrêter de me faire rougir ? 😀
    Tu as été très claire, je devrais prendre mon courage à deux mains pour écrire plus souvent ici. Mais mon courage en ce moment a pris la fuite, je me fais violence pour écrire, répondre aux commentaires et aller sur les autres blogs. Et même la violence ne me fait parfois aucun effet. Je reviendrais, promis !

  6. juin 28, 2009 6:42

    Ben t’as de la chance que ton homme ai une bibliothèque car le mien, à part quelques bouquins sur des langages informatiques, il ne lis jamais autre chose que ce qu’il peut trouver sur le net! C’est pas faute d’essayer de l’intéresser…

  7. juin 28, 2009 7:39

    Mon homme aussi a une bibliothèque et lorsque je regarde ce qui s’y trouve, j’ai des migraines, ce n’est, et de loin, pas mes lectures.

    Tandis que moi c’est du léger, lui lit Kundera, Ionesco, Dostoievski, pour ne citer qu’eux.

  8. electromenagere permalink*
    juin 29, 2009 10:44

    @Malira : mais as tu déjà essayé de lire ces livres d’informatique ? Peut être y trouveras tu des perles 😀

    @Angie : on a les mêmes lectures ton mari et moi, et mon mari me rejoint aussi dans ces livres là. Ca doit être une zone asexuée.

  9. juillet 2, 2009 12:58

    ohlala, c’est super intello ton blog, là. Heureusement qu’on trouve une paire pour finir, sinon, c’est presque culturel (des gros mots, tout de suite, voilà)(tout ça parce que tu as écrit sexe)

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